Des Draconides 2019 à surveiller !

7 octobre 2019 Non Par karlantier

Les Draconides sont, comme les Léonides, généralement associées aux tempêtes d’étoiles filantes. Une réputation justifiée, puisque ces deux pluies de météores ont été la source des plus intenses tempêtes d’étoiles filantes du XXème siècle… Cependant, en dehors de ces années exceptionnels, ces deux sources sont relativement discrètes, surtout les Draconides, qui peuvent passer quasi-inaperçues. Cette année pourrait cependant sortir un peu du lot (sans être exceptionnelle non plus).

Figure 1- Image composite des météores enregistrés par les caméras REMO1 et REMO4 à l’ouest de Berlin entre 22h30 TU et 03h00 TU dans la nuit du 8 au 9 octobre 2018. Crédit: Sirko Molau

Des modèles de prévisions améliorés

Les dernières grosses pluies d’étoiles filantes associées aux Draconides eurent lieu en 1933 (ZHR ~ 5 000 à 30 000 !) et 1946 (ZHR compris entre 2 000 et 10 000 !). Depuis, les Draconides ont été la source de quelques sursauts d’activité moins intenses, et prévus avec plus ou moins de réussite. Les derniers en date eurent lieu en 1985 (ZHR ~ 200-300), 1998 (ZHR ~ 720), 2005 (enregistré en radio), 2011 (ZHR ~ 260), 2012 (ZHR ~ 200-300) et 2018 (ZHR ~ 150). Ces deux derniers événements ont été assez imprévus, mais ils ont toutefois eu lieu alors que la comète à l’origine des Draconides, 21P/Giacobini-Zinner, passait au périhélie (ce qu’elle fait tous les xx ans), ce qui fut le cas en 2018.

Un sursaut d’activité météorique pour 2019 ?

Le sursaut de 2018 a cependant été largement imprévu, et cette surprise a amené les astronomes à réviser leurs modèles pour les Draconides, travail auquel s’est attelée l’équipe d’Auriane Egal, qui a finalement réussi à modéliser ce qui s’était passé en 2018… et qui du coup arrive également à prévoir ce qui peut potentiellement se passer en 2019 ! Et alors que rien d’exceptionnel n’était prévu, ces modélisations semblent montrer que l’activité pourrait être supérieure à la moyenne en 2019.

Figure 2- Modélisation des nuages de poussières libérées par 21P/Giacobini-Zinner début octobre 2018, d’après Egal et al. (2018).
Figure 3- Modélisation des nuages de poussières libérées par 21P/Giacobini-Zinner début octobre 2019, d’après Egal et al. (2018). A noter que les météoroïdes identifiés « 2012 » sont en réalité ceux de 1966.

Quelques incertitudes subsistent, mais d’autres modèles semblent confirmer la tendance : l’activité des Draconides 2019 pourrait être la source de sursauts d’activité, ou du moins être plus importante. D’après les travaux de l’équipe d’Auriane Egal, la Terre devrait passer à proximité de tores de poussières libérées par la comète en 1966 et 1959 le 8 octobre, à 12h01 TU et 13h42 TU, mais également des zones plus denses en poussières à 12h00 TU et 14h35 TU. Un phénomène que semble confirmer le modèle MSFC, qui prévoit deux pics à 04h20 TU et 15h06 TU ce même jour. Les modèles de Jérémie Vaubaillon (Observatoire de Paris) prévoient un sursaut à 14h 41 TU, ainsi qu’un pré-pic plus tôt, le 7 octobre, à 11h01 TU. Enfin, Mikhail Maslov prévoit un sursaut associé au même tore de 1959 à 14h40 TU le 8 octobre, et les travaux de Quanzhi Ye et son équipe semblent indiquer qu’un autre maximum pourrait avoir lieu le 8 octobre, vers 2h TU.

Position du radiant des Draconides (DRA) du 6 au 10 octobre. Crédit : International Meteor Organization, IMO

Comment observer les Draconides en 2019 ?

Malheureusement, les horaires ne favoriseront pas les observateurs européens, puisque les différents maxima prévus se déroulent généralement… en plein après-midi du 8 octobre, alors qu’il fait bien jour sur le continent. Mais comme des incertitudes persistent, il peut être intéressant de jeter un coup d’œil au ciel les nuits du 7 au 8, puis du 8 au 9 octobre, au cas où, les Draconides n’étant plus à une surprise près ! Le radiant des Draconides est localisé près de la tête du Dragon : il est donc circumpolaire, c’est-à-dire qu’il est visible toute la nuit, puisqu’il ne se couche jamais. Et donc les Draconides peuvent également être visibles toute la nuit ! Sauf qu’elles sont mieux observables en première moitié de nuit, lorsque le radiant est haut dans le ciel… mais que la Lune gibbeuse l’est également. Il n’y a donc pas de règles à respecter, puisque si des sursauts ont lieu dans les nuits du 7-8/10 et du 8-9/10, ils seront imprévus, et il est donc difficile de donner des conseils sur les périodes d’observation favorables. D’autant qu’il est possible que rien ne soit observable depuis la France… voire que rien en se passe du tout ! Mais qui ne tente rien n’a rien !

Pour observer les Draconides, rien de plus simple ! Une paire d’yeux suffisent, et c’est même l’instrument idéal, et il suffit de sortir sous le ciel et d’observer. Car même si les Draconides semblent, par effet de perspective, venir de la tête du Dragon, elles peuvent en réalité apparaître n’importe où dans le ciel. Pour faciliter vos observations, il est cependant idéal de s’éloigner de toute source de pollution lumineuse (lampadaires, lumière extérieure). Et de limiter au maximum les nuisances liées à la présence de la Lune, si elle est dans le ciel. En la masquant avec un bâtiment ou un relief, mais également en cherchant les cieux les plus purs possibles, pour qu’ils ne diffusent pas trop la lumière sélène, qui gommera les météores les moins brillants. Ensuite, confort, concentration et chance feront le reste !

Bonne chance pour cette chasse aux étoiles filantes des Draconides !

Lexique

  • une pluie d’étoiles filantes est l’ensemble des météores associés à un nuage de météoroïdes issus d’une même source (comète ou astéroïde)
  • une comète est un objet constitué de roches et de glaces généralement localisé aux confins du Système solaire, mais qui peut se rapprocher périodiquement du Soleil. En s’en rapprochant, les glaces de la surface du noyau se subliment, entraînant avec elles les poussières qu’elles contiennent. Ce qui donne naissance aux queues de gaz et de poussières caractéristiques de ces objets.
  • un météore (ou étoile filante) est le trait lumineux observé lorsqu’une poussière interplanétaire ou un petit météoroïde pénètre dans l’atmosphère terrestre à très grande vitesse (entre 12 et 72 km/s)
  • un météoroïde est une petite particule de quelques millimètres à quelques dizaines de centimètres de diamètre qui se déplace dans l’espace. C’est elle qui donne naissance au météore si elle a la chance de pénétrer dans l’atmosphère de la Terre. Si le météoroïde est suffisamment massif, une partie de l’objet peut résister à cette entrée dans l’atmosphère, et donner naissance à une météorite.
  • une météorite est le caillou rocheux ou métallique qui est retrouvé sur terre, lorsqu’une partie d’un météoroïde suffisamment massif a réussi à traverser l’atmosphère et arriver au sol.
  • le radiant d’une pluie d’étoiles filantes est le point de la voûte céleste d’où semble provenir, par effet de perspective, les météores issus d’une même pluie.
  • le ZHR (Zenithal Hourly Rate, ou Taux Horaire Zénithal) est le nombre de météores que pourrait observer un individu dans des conditions d’observations parfaites : ciel bien noir et radiant localisé au zénith.