En mai, observe les poussières de Halley !

4 mai 2020 Non Par karlantier

Les derniers passages de la célèbre comète de Halley datent désormais de 1910 et 1986… et le prochain est prévu pour 2061. Autant dire que la comète mythique se fait désirer. Heureusement, comme toutes les comètes, Halley parsème sa trajectoire de particules rocheuses qui sont amassées en nuages plus ou moins denses et que la Terre est amenée à rencontrer deux fois dans l’année. Ces rencontres célestes donnent naissance aux êta-Aquariides en mai, et aux Orionides en octobre. Les prochaines fins de nuits sont donc idéales pour guetter les poussières de Halley !

La comète 1P/Halley dans le ciel du Pic du Midi, lors du passage au périhélie de 1910. OMP

Une pluie météorique méconnue…

La pluie d’étoiles filantes* des êta-Aquariides est la quatrième plus active de l’année. Pourtant, elle est généralement méconnue du grand public et même des astronomes amateurs. Alors qu’ils connaissent généralement les Perséides (en août) ou les Géminides (en décembre)… Mais pas de panique, c’est normal ! En voici les raisons.

Les météoroïdes qui donnent naissance à la pluie d’étoiles filantes des êta-Aquariides se sont échappées du noyau de la célèbre comète de Halley il y a plusieurs centaines, voire milliers d’années. Notre planète traverse ce nuage de particules à deux reprises : en mai (donnant naissance aux êta-Aquariides) et en octobre (Orionides).
Crédit image : MeteorShowers.org

…car mieux observée depuis les régions tropicales…

Contrairement aux autres pluies météoriques connues, et même à la majorité des sources d’étoiles filantes, les êta-Aquariides sont plus faciles à observer depuis les régions entre les tropiques. La raison tient à la position du radiant*, localisé dans la constellation du Verseau, et donc relativement basse pour les pays d’Europe occidentale, alors qu’il monte bien plus haut dans le ciel pour les régions plus méridionales.

Position du radiant des êta-Aquariides, du 20 avril au 25 mai. Le nom de cette pluie de météores est associé à la constellation du Verseau, qu’elle traverse au début de sa période d’activité, avant de passer dans les Poissons à partir du 15 mai. Crédit image : International Meteor Organization

…et le matin !

Autant le dire tout-de-suite, les couche-tard ne verront pas d’êta-Aquariides : pour la plupart des régions françaises, le radiant de cette source de météores* ne se lève pas avant 03h30 ! Et il n’atteint une élévation utile qu’un peu moins de deux heures plus tard, lorsque le fond de ciel commence doucement à s’éclaircir avec l’arrivée du Soleil… Les créneaux d’observations de cette pluie d’étoiles filantes sont donc relativement courts et doivent se concentrer sur 30-50 minutes avant le début du crépuscule nautique, c’est-à-dire entre 04h45 et 05h45, pour les régions les plus à l’Ouest. La panne de réveil sera malheureusement impardonnable !

En 2020, une Lune omniprésente

L’année dernière, les conditions d’observations étaient parfaites pour l’observation des êta-Aquariides, la Lune étant nouvelle. Cette année, malheureusement, la situation va s’inverser, puisque notre satellite sera quasiment plein à la date du maximum, prévu le 5 mai, vers 21h TU (soit 23h, heure locale française). Cette situation ne doit néanmoins pas nécessairement décourager les observateurs, car la pluie des êta-Aquariides étant riches en météores, dont certains très brillants, quelques-uns d’entre eux devraient réussir à s’extirper du voile lumineux sélène.

Le ZHR* des êta-Aquariides est généralement compris entre 40 et 85, même si il peut parfois être plus grand, comme en 2013, où il a atteint 140. Néanmoins, le nombre d’êta-Aquariides réellement observables sous nos latitudes en une heure sera bien inférieur à ce chiffre. Lors des nuits du 4 au 5 et du 5 au 6 mai, en dirigeant son regard vers le Triangle d’Été (composé des étoiles Véga, Deneb et Altaïr) et en restant concentré sous un bon ciel (dégagé et pour lequel la pollution lumineuse est limitée), un observateur peut espérer détecter une dizaine d’êta-Aquariides dans l’heure précédent le crépuscule, guère plus.

Mais ces météores, même en nombre limité, peuvent être impressionnants : à leur luminosité parfois forte s’ajoute une grande vitesse apparente, puisque les météoroïdes*, ces poussières échappées du noyau de la comète* 1P/Halley depuis des centaines, voire des milliers d’années, rentrent dans notre atmosphère à des vitesses d’environ 66 km/s, soit près de 240 000 km/h ! Qui plus est, le radiant étant bas sur l’horizon, certaines poussières vont arriver avec de faibles angles d’incidence, comme s’il rasaient l’atmosphère terrestre : ces météores rasants (earthgrazers in English) sont particulièrement spectaculaires car ils semblent traverser une immense portion du ciel, ce qui met parfois en valeur d’intenses variations de luminosité.

Autant de bonnes raisons d’attendre le retour de la comète de Halley en guettant les étoiles filantes…

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Lexique

  • une pluie d’étoiles filantes est l’ensemble des météores associés à un nuage de météoroïdes issus d’une même source (comète ou astéroïde)
  • une comète est un objet constitué de roches et de glaces généralement localisé aux confins du Système solaire, mais qui peut se rapprocher périodiquement du Soleil. En s’en rapprochant, les glaces de la surface du noyau se subliment, entraînant avec elles les poussières qu’elles contiennent. Ce qui donne naissance aux queues de gaz et de poussières caractéristiques de ces objets.
  • un météore (ou étoile filante) est le trait lumineux observé lorsqu’une poussière interplanétaire ou un petit météoroïde pénètre dans l’atmosphère terrestre à très grande vitesse (entre 12 et 72 km/s)
  • un météoroïde est une petite particule de quelques millimètres à quelques dizaines de centimètres de diamètre qui se déplace dans l’espace. C’est elle qui donne naissance au météore si elle a la chance de pénétrer dans l’atmosphère de la Terre. Si le météoroïde est suffisamment massif, une partie de l’objet peut résister à cette entrée dans l’atmosphère, et donner naissance à une météorite.
  • une météorite est le caillou rocheux ou métallique qui est retrouvé sur terre, lorsqu’une partie d’un météoroïde suffisamment massif a réussi à traverser l’atmosphère et arriver au sol.
  • le radiant d’une pluie d’étoiles filantes est le point de la voûte céleste d’où semble provenir, par effet de perspective, les météores issus d’une même pluie.
  • le ZHR (Zenithal Hourly Rate, ou Taux Horaire Zénithal) est le nombre de météores que pourrait observer un individu dans des conditions d’observations parfaites : ciel bien noir et radiant localisé au zénith.