Géminides : la pluie d’étoiles filantes de l’année 2021 ?

9 décembre 2021 Non Par karlantier

Elles sont au nombre de trois et rythment l’année de manière quasi-métronomique : les Quadrantides (en janvier), les Perséides (en août) et les Géminides (en décembre) sont les trois pluies météoriques régulières les plus actives de l’année. Mais en 2021, les Quadrantides n’ont pas bénéficié de conditions lunaires favorables, et les Perséides ont été relativement décevantes (hormis le sursaut d’activité inattendu) lors du pic principal. Avec ses taux horaires importants garantis, et une Lune pas trop présente, vous n’avez plus de raisons de ne pas observer les Géminides dans cette dernière ligne droite de l’année 2021 ! Hormis une météo potentiellement capricieuse (Figure 4) en cette moitié du mois de décembre…

Géminides : une pluie météorique stable et active

Figure 1- L’astéroïde (3200) Phaéton observé en radar par Arecibo, lors de son dernier passage au périhélie, en décembre 2017. Crédit: Arecibo/NASA/NSF

Les Géminides sont plutôt méconnues du grand public, mais ce manque d’information est quasi-exclusivement lié à leur période d’activité hivernale, qui s’étend du 4 au 17 décembre, et qui a tendance à effrayer les plus frileux ! Car sur le papier, c’est bel et bien la plus active et la plus régulière des pluies d’étoiles filantes*, associée au nuage de poussières brusquement libérées par la comète* inactive (3200) Phaéton (Figure 1) lors d’un dégazage fatal suite à une modification d’orbite il y a environ 2 000 années (Figure 2). Avec un ZHR* proche de 140-150 en ce moment lors du maximum, elle surpasse sans souci les Quadrantides (ZHR maximum compris entre 90 et 120) et même les Perséides (ZHR d’environ 70 cette année lors du pic principal). De plus, son ZHR varie très peu d’une année sur l’autre, ce qui n’est pas le cas des deux pluies citées précédemment, pour lesquelles le ZHR peut parfois doubler d’une année sur l’autre.

Figure 2- Nuages de météoroïdes donnant naissance à la pluie des Géminides. Crédit: MeteorShowers.org

(3200) Phaéton, une source inhabituelle de météoroïdes

Une des spécificités des Géminides, outre leur forte activité, tient à leur origine. La plupart des pluies d’étoiles filantes voient leur source dans une comète, dont l’activité à l’approche du Soleil (et donc de la Terre) se manifeste par une forte libération de gaz et de poussières (les météoroïdes). Dans le cas des Géminides, le corps à l’origine de la pluie est l’astéroïde géocroiseur de type Apollo (3200) Phaéton. Cet objet de 5 km de diamètre a été découvert en 1983 ; bien que classé comme un astéroïde, il a des périodes d’activité irrégulières le rapprochant d’une comète (Jewitt et al, 2019). L’origine de Phaéthon est encore très discutée, il est possible que ce soit un objet cométaire provenant du Système solaire externe dont l’orbite aurait évolué vers celle d’un astéroïde suite à un rapprochement avec la Terre ou Vénus (Ryabova, G 2019) . Cependant plusieurs études suggèrent une origine astéroïdale liée par exemple à Pallas (De León et al 2010) ou à (155140) 2005 UD (Devogèle, M et al 2019). Les modèles dynamiques actuels (Ryabova, G 2019) suggèrent que les Géminides proviennent d’une éjection massive de matière il y a 2000 ans suite à une collision ou un effondrement d’une partie de Phaéton. Cette éjection ancienne produit cette belle pluie d’étoiles filantes très régulière d’une année à l’autre.

Une étoile filante par minute en fin de nuit du 13 au 14 décembre

La pluie de météores des Géminides est également une des plus faciles à observer ! Si le grand public à tendance à observer les Perséides en soirée, vacances obligent, ces dernières sont bien plus nombreuses en fin de nuit. De même pour les Quadrantides, qui ne sont observables dans de bonnes conditions qu’en fin de nuit. Le radiant* des Géminides, localisé, comme son nom l’indique, dans la constellation des Gémeaux, tout près de l’étoile Castor (alpha Gem), se lève en début de nuit (Figure 3). Les Géminides sont donc observables toute la nuit, et seront au mieux placées vers 2h (heure locale), lorsque le radiant culminera à près de 70° de hauteur.

Figure 3- Position du radiant des Géminides, du 5 au 20 décembre. Le nom de cette pluie de météores est associé à la constellation des Gémeaux, dans laquelle elle est localisée. Crédit image : International Meteor Organization

Cette année, le maximum est prévu le 14 décembre, vers 07h TU. C’est donc dans la nuit du 13 au 14 que les taux horaires devraient être maximum, surtout lorsque la Lune sera couchée, ce qui sera le cas une grosse heure après le passage au méridien du radiant de la pluie météorique. Autant dire que l’activité devrait être conséquente à partir de 3h environ (heure locale), jusqu’au petit jour ! Ce devraient être 70 à 80 Géminides qui devraient dès lors apparaître par heure, soit près d’une par minute !

Conseils pour observer les étoiles filantes des Géminides

Mais pour cela, les précautions d’usage seront de mise !
1- observer loin des villes, des sources artificielles de lumière, afin de réduire au maximum la pollution lumineuse,
2- se couvrir ! La nuit, en hiver, les températures sont frigorifiques. Et si le froid vous envahit, vous serez plus concentrés sur vos doigts de pieds congelés et votre lit chaud que sur les étoiles filantes. Couvrez-vous comme si vous alliez aux sports d’hiver. Et ne vous inquiétez pas pour votre style, la nuit, personne ne vous verra !
3- s’installer confortablement. La position idéale pour observer les Géminides, c’est d’être allongé. Une chaise-longue et un oreiller sont un excellent investissement pour cela !
4- rester concentré : tous les météores ne sont pas très brillants. La majorité sont même peu lumineux. Il faut donc rester très concentré sur le ciel pour espérer les détecter en nombre,
5- bien diriger son regard. Même si les Géminides, comme leur nom l’indique, semblent provenir de la constellation des Gémeaux, elles peuvent en réalité apparaître partout dans le ciel. Elles seront cependant plus nombreuses à apparaître dans votre champ de vision ou d’appareil photo si vous le centrez sur les têtes de constellations comme le Taureau ou la Grande Ourse.

Figure 4- Prévisions de couverture nuageuse pour le 14 décembre 2021, vers 06h (locale). Crédit: Windy.

Bonne chasse aux poussières d’astéroïdes !

Liens

Lexique

  • une pluie d’étoiles filantes est l’ensemble des météores associés à un nuage de météoroïdes issus d’une même source (comète ou astéroïde)
  • une comète est un objet constitué de roches et de glaces généralement localisé aux confins du Système solaire, mais qui peut se rapprocher périodiquement du Soleil. En s’en rapprochant, les glaces de la surface du noyau se subliment, entraînant avec elles les poussières qu’elles contiennent. Ce qui donne naissance aux queues de gaz et de poussières caractéristiques de ces objets.
  • un météore (ou étoile filante) est le trait lumineux observé lorsqu’une poussière interplanétaire ou un petit météoroïde pénètre dans l’atmosphère terrestre à très grande vitesse (entre 12 et 72 km/s)
  • un météoroïde est une petite particule de quelques millimètres à quelques dizaines de centimètres de diamètre qui se déplace dans l’espace. C’est elle qui donne naissance au météore si elle a la chance de pénétrer dans l’atmosphère de la Terre. Si le météoroïde est suffisamment massif, une partie de l’objet peut résister à cette entrée dans l’atmosphère, et donner naissance à une météorite.
  • une météorite est le caillou rocheux ou métallique qui est retrouvé sur terre, lorsqu’une partie d’un météoroïde suffisamment massif a réussi à traverser l’atmosphère et arriver au sol.
  • le radiant d’une pluie d’étoiles filantes est le point de la voûte céleste d’où semble provenir, par effet de perspective, les météores issus d’une même pluie.
  • le ZHR (Zenithal Hourly Rate, ou Taux Horaire Zénithal) est le nombre de météores que pourrait observer un individu dans des conditions d’observations parfaites : ciel bien noir et radiant localisé au zénith.